Défier l’État-nation et le patriarcat: que peut apprendre la gauche du confédéralisme démocratique?

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Défier l’État-nation et le patriarcat: que peut apprendre la gauche du confédéralisme démocratique?

 

Havin Guneser, une intellectuelle leader du mouvement kurde, visite Montréal

 

 

 

 

Une invitation spéciale pour rencontrer et discuter avec Havin Guneser

* Il y a l’aura de la traduction chuchotée vers le français

Vendredi 23 février de 19h à 21h

Alternatives, 3720 Ave du Parc, 2e étage

Un dîner léger sera servi.

Une traduction chuchotée sera fournie pour faciliter la discussion bilingue.

Veuillez vous inscrire: nathanpmcd@gmail.com

Lancement de trois livres avec Havin Guneser (Allemagne), traductrice et éditrice d’Öcalan

LA POLITIQUE DU MOUVEMENT DE LA LIBERTÉ KURDE ET LA SITUATION DU « MANDELA KURDE », ABDULLAH ÖCALAN
* Il y a l’aura de la traduction chuchotée vers le français

Samedi 24 février de 17h à 18h30

Au milieu des ruines de la guerre civile syrienne, un nouveau type de société est en cours de construction, mais ce n’est pas ce que vous attendez. Les habitants de la région à majorité kurde de Rojava, au nord de la Syrie, sont aujourd’hui l’une des sociétés les plus radicalement progressistes de la planète mettant en place la démocratie directe, la libération des femmes, l’harmonie ethnique et l’écologie. Ce système de « Confédéralisme démocratique » s’inspire des idées d’Abdullah Öcalan, figure dominante de la lutte de libération kurde. Connu comme le « Mandela kurde », il a été emprisonné par l’État turc sur l’île d’Imrali depuis 1999.

 

Havin Guneser est traductrice, journaliste, militante et porte-parole de l’initiative internationale : « Liberté pour Abdullah Ocalan – Paix au Kurdistan ». Elle est également traductrice et éditrice des œuvres d’Abdullah Öcalan. Elle a aussi lancé une pétition pour la liberté d’Öcalan, une pétition qui a cherché 10.3 signatures. Elle est également l’organisatrice de la conférence de Hambourg « Défier la modernité capitaliste: un réseau pour une quête alternative » qui, tous les deux ans, rassemble des intellectuels kurdes anticapitalistes et non kurdes de toute l’Europe, comme David Harvey, David Graeber, et John Holloway.

 

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Challenging the Nation-State and Patriarchy: What Can the Left Learn from Democratic Confederalism?

Havin Guneser, A Leading Intellectual of the Kurdish Movement, Visits Monreal

A Special Invitation to Meet and Discuss with Havin Guneser

* Il y aura de la traduction chuchotée vers le français 

Friday February 23rd, 7 – 9pm 

Alternatives, 3720 Ave du Parc, 2nd floor

A light dinner will be served.

Whispered translation will be provided to facilitate bilingual discussion.

Please register: nathanpmcd@gmail.com

Triple Book Launch with Havin Guneser

* Il y aura de la traduction chuchotée vers le français 

Saturday February 24th, 5 – 6:30pm:  

THE POLITICS OF THE KURDISH FREEDOM MOVEMENT AND THE PLIGHT OF THE ‘KURDISH MANDELA’, ABDULLAH ÖCALAN 

A new kind of society is being built amidst the ruins of the Syrian Civil War, but it’s not what you’d expect. The people of northern Syria’s Kurdish-majority region of Rojava are one of the most radically progressive societies on the planet today through direct democracy, women’s liberation, ethnic harmony, and ecology. This system of ‘democratic confederalism’ is inspired by the ideas of Abdullah Öcalan, the leading figure of the Kurdish liberation struggle. Known as ‘Kurdish Mandela’, he has been imprisoned by the Turkish state on the Imrali Island since 1999.

 

Havin Guneser is a Kurdish writer, journalist, women’s rights activist, and a spokesperson for the International Initiative: « Freedom for Abdullah Öcalan–Peace in Kurdistan ». She is also a translator and publisher of the works of Abdullah Öcalan, a leading figure of the Kurdish liberation struggle, who has been imprisoned by the Turkish state on Imrali Island since 1999. Under her leadership, her organisation started a petition for Öcalan’s freedom that would collect 10.3 million signatures. Every two years she organises the conference ‘Challenging Capitalist Modernity: Network for an Alternative Quest‘, gathering Kurdish and non-Kurdish radical intellectuals like David Harvey, David Graeber, and John Holloway. 

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72 avions de l’armée turque ont bombardé Afrin, 6 morts et 10 blessés — RojInfo.com

Après l’accord de la Turquie et la Russie, l’armée turque a organisé une opération aérienne à Afrin. 6 morts et 10 blessés selon un bilan provisoire. Les attaques aériennes ont débuté avec 72 avions de chasses aux alentours de 16h et ont visé le centre-ville d’Afrin, Şera, Şerawa, Raco et Bilbila. Selon les sources locales 6…

via 72 avions de l’armée turque ont bombardé Afrin, 6 morts et 10 blessés — RojInfo

Jineolojî: poursuivre la Révolution des femmes au Rojava

La première conférence de Jineolojî de la Fédération démocratique du Nord de la Syrie s’est terminée ce soir à Derîk, où plus de 200 déléguées sont réunies depuis hier pour travailler à la libération des femmes de la région. En cette deuxième journée de débats, elles ont dressé un état des lieux de la « condition féminine » et discuté des perspectives pour les prochaines années.

Un an de recherche sociologique sur l’histoire et la vie des femmes

La journée a commencé avec la lecture d’un document présentant les principaux résultats d’une recherche menée en 2016-2017, par des membres des académies de recherche « jineolojîque ». Celles-ci ont sillonné la région du Rojava (Kurdistan de l’Ouest) et du Nord de la Syrie pour rencontrer des femmes de toutes les nations, religions et situations sociales. Jeunes femmes, vieilles femmes, mères, femmes divorcées, non-mariées, veuves, étudiantes, écrivaines, artistes, agricultrices, membres des forces d’auto-défense ou des coopératives de travail, c’est au total plus de 300 femmes qui ont été interviewées et qui ont raconté leur(s) histoire(s) et leur vie. Le résultat est un portrait très détaillé de la condition des femmes, pointant à la fois les progrès accomplis depuis de la début de la Révolution et les difficultés auxquelles elles sont toujours confrontées. Pendant le temps de débat qui suit la lecture du rapport, une déléguée venue d’Efrîn exprime, dans ce sens, le constat : si les femmes sont maintenant présentes dans toutes les institutions politiques et endossent de nombreuses responsabilités, quand elles rentrent à la maison le soir, la situation n’est pas si différente qu’auparavant. « Le problème est dû aux mentalités », affirme t’elle, qu’il faut « réussir à transformer en profondeur ». Une autre femme, de Kobanê, explique elle : « Auparavant il n’y avait pas de place pour les femmes en « politique », nous étions même exclues des pièces où les hommes discutaient de ces sujets ! ». Pour elle, les premiers « politiciens » sont pourtant les femmes, qui sont celles qui maintiennent la paix, dans la famille comme dans la société.

De nouvelles perspectives de travail

Dans les débats, des propositions pour la suite du travail de la Jineolojî, individuelles ou issues des différents comités régionaux fusent. Par exemple celle d’ouvrir un centre de recherche dans la région de Kobanê, où dans beaucoup de villages des formes d’organisation sociale sont restées celles d’une plus grande égalité dans la répartition du travail entre les hommes et les femmes. La même déléguée d’Efrîn file aussi son idée sur le mariage, affirmant que plutôt que créer des lois rigides sur celui-ci, il faudrait ouvrir des académies pour former les gens qui souhaitent se marier et déconstruire les mentalités patriarcales. Une participante, turkmène, venue du canton de Shehba, insiste sur l’importance de faire parvenir la Jineolojî dans les régions récemment libérées de l’emprise de Daesh, Shehba donc, mais aussi Tabqa et Raqqa.

Un document préparé par les membres des académies de Jineolojî présente aussi un programme de travail plus détaillé. Il envisage en effet la création de « l’Académie de Jineolojî du Nord de la Syrie », qui permettrait de coordonner le travail à effectuer dans tous les secteurs de la société, de l’économie à l’éducation en passant par la santé et la vie des couples et familles. Il est aussi question d’écrire plusieurs livres sur la résistance récente du Rojava et l’histoire de la liberté des femmes. Une déléguée fait le point sur la situation actuelle : « Jusqu’à maintenant il a beaucoup été question des principes de la Jineolojî, “qu’est-ce que c’est ?”, “comment on doit travailler” mais maintenant il faut que nous réussissions à toucher l’essence, le contenu de ce qu’est vraiment la Jineolojî ».

Libérer toutes les femmes

« Tango della feminista, tango della ribellion », les paroles du morceau en italien, chanté par deux internationalistes participant à la conférence résume bien l’esprit qui marque le discours de fin de la conférence. Juste avant celui-ci, une dernière intervention invective les femmes présentes : « Beaucoup de camarades ont pendant deux jours dévalorisé leur travail, n’ont parlé que des problèmes, mais c’est aussi le produit de la mentalité patriarcale d’envisager les choses comme cela. Ayez confiance en vous et reconnaissez la valeur de ce que vous avez construit jusqu’à présent ! ». N’en reste-il pas moins le constat que le travail doit être intensifié jusqu’à que chaque femme ait entendu parler de la Jineolojî et ait pu trouver des réponses à ses questions et problèmes. Le discours de clôture continue ainsi : « Dans la société, nous avons beaucoup de problèmes comme le racisme, le sexisme, l’intégrisme religieux, les mariages forcés des enfants… Daesh était le résultat de ces mentalités. Nous avons toutes vu et vécu cette période et cela ne doit plus jamais arriver […] Il y a plusieurs années, Abdullah Öcalan a donné cette question aux femmes en demandant “Comment voulez-vous vivre ?”, et maintenant les femmes donnent et construisent leur réponse : “Nous voulons vivre libres !”».

 

Source: http://rojinfo.com/jineoloji-poursuivre-revolution-femmes-rojava/

KCK : la France doit condamner les auteurs des assassinats de Paris

L’Union des Communautés du Kurdistan (KCK) a appelé la justice française à ouvrir une enquête concernant l’implication du président turc Erdogan et des responsables du MIT dans l’assassinat des trois militantes kurdes à Paris.

Le conseil exécutif du KCK a publié une déclaration pour rendre hommage aux trois militantes kurdes assassinés par le MIT le 9 Janvier 2013 à Paris.

Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez ont été exécutées par balle dans le Centre d’information kurde à Paris le 9 janvier 2013. Le tireur, un agent du MIT du nom d’Omer Guney a été arrêté une semaine plus tard. Il est décédé en décembre 2016, à un mois de son procès.

Suite à la capture de deux responsables du MIT, le KCK a affirmé que les assassinats de Paris avaient été ordonnés par le président turc et organisés par le MIT, plus précisément par l’équipe de Sebahattin Asal : « 5 ans se sont écoulés depuis ce massacre. Le mouvement de libération kurde avait promis de se venger. Le tireur a été tué en prison parce qu’ils ne voulaient pas qu’il parle durant le procès, mais les commanditaires des assassinats n’ont pas réussi à se cacher. Le mouvement de libération kurde a arrêté deux responsables du MIT lors d’une opération et a résolu cette affaire. Grâce aux enregistrements audio et aux documents, nous savions déjà que le MIT était impliqué. Toutefois, les témoignages des membres du MIT arrêtés ont confirmé nos soupçons. »

Se référant à la visite d’Erdogan le 5 janvier, le KCK a également critiqué la politique du gouvernement français à l’égard de la Turquie et déclaré que le président français avait accueilli un criminel responsable du massacre de trois femmes kurdes à Paris
« C’est un véritable cadeau au terrorisme d’Etat. Si l’Etat français veut vraiment lutter contre le terrorisme, il devrait d’abord agir contre Erdogan et les services de renseignement turcs qui ont perpétré des assassinats au cœur de Paris », a déclaré le KCK.

Le KCK a appelé les autorités françaises à ouvrir une enquête concernant les rôles d’Erdogan, du directeur du MIT Hakan Fidan et de ses collègues Sabahattin Asal, Ugur Kaan Ayik et Oguz Yuret dans l’assassinat de Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Saylemez.

Source: http://rojinfo.com/kck-france-condamner-auteurs-assassinats-de-paris/

 

LE PEUPLE KURDE ET LES PEUPLES OPPRIMES DU MOYEN ORIENT À LA CONQUÊTE DE LEURS DROITS NATIONAUX ET DÉMOCRATIQUES PAR LEURS PROPRES FORCES!

Au Moyen-Orient deux évènements importants se sont produits récemment qui touchent le peuple Kurde : La libération de Raqqa, ainsi que la proclamation de l’indépendance du Kurdistan Sud après un référendum.

Raqua a été libéré par les Forces Démocratiques Syriennes dont les YPG (c’est-à-dire les Kurdes et Rojava) font partie.

LA FORCE DEMOCRATIQUE ET SOUVERAINE DE ROJAVA LIBERE RAQQA

La libération de Raqqa est une victoire pour tous les peuples de Syrie, car le front constitué par les Forces démocratiques Syriennes est porteur d’un projet de démocratie sociale et politique pour toute la Syrie. Nous la saluons comme une victoire pour la démocratie et la souveraineté des peuples de la région. Mais elle n’a pas été accueillie partout avec enthousiasme. Depuis le début du conflit en Syrie les États-Unis réclament le départ d’Assad et sur la question kurde ils ont une position ambigüe. Ils considèrent le PKK comme une organisation terroriste mais ils ont conclu une alliance militaire avec les YPG qui ont la même ligne politique que le PKK. Pour le dirigeant des YPG Salih Muslim, la relation des YPG « avec les États-Unis est simplement une alliance contre la terreur de l’EI. C’est le peuple de Raqqa qui décide sous quelle forme et comment gouverner la ville. […] on a des relations diplomatiques dans le cadre des négociations de Genève… Je n’en connais pas tous les détails mais je sais que les États-Unis ont des projets qu’ils ne dévoilent pas » – propos rapportés par l’agence de presse turque ETNA (24 octobre 2017).

Aujourd’hui, Rojava est le fer de lance d’une force démocratique qui permet à toutes les ethnies et minorités nationales et leurs forces politiques de s’organiser et de s’exprimer démocratiquement. La victoire de Raqqa est une épine dans le pied des forces réactionnaires qui se sont mises à unifier leurs efforts pour lutter contre le peuple kurde. La Syrie, l’Iran, l’Irak et la Turquie ont infléchi leurs tactiques et même leurs objectifs stratégiques. On a vu se multiplier les rencontres entre les présidents turc et iranien (et les états-majors respectifs), la visite du président iraquien en Turquie. Quant aux liens entre l’Irak et l’Iran, ils ne sont un secret pour personne. On le voit, la question kurde est un enjeu majeur dans cette partie du Moyen-Orient.

Cela montre que la situation des forces démocratiques et kurdes n’est pas sans danger et demain elles peuvent trouver face à elles toutes les forces réactionnaires et impérialistes coalisées. Ce danger se manifeste déjà au Kurdistan Nord (Nord de la Syrie). Les bonnes relations de Barzani (président du gouvernement Kurdistan Sud) avec les pays impérialistes et les forces réactionnaires (notamment la Turquie et L’Iran) n’a pas empêché la reprise de Kirkouk par les forces irakiennes, la défaite des forces peshmerga qui dépendent du Parti Démocratique du Kurdistan (KPD) et de l’Union Patriotique du Kurdistan (YNK). Les États-Unis ne se sont pas sentis concernés et ont laissé faire leur vassal irakien. La Russie dit « comprendre les Kurdes, mais que la solution doit être trouvée avec le gouvernement central en Irak. » Dans le même temps le ministre des affaires étrangères des États-Unis a entrepris une tournée jusqu’au centre de l’Asie pour rétablir ou consolider son influence. Il ne faut pas oublier que la guerre actuelle est le résultat des conflits impérialistes au Moyen-Orient.

Le peuple Kurde est réparti dans quatre pays différents, et représenté politiquement ou militairement par des organisations divisées entre les PYG (Syrie-Rojaïa) qui sont sur la même ligne politique que le PKK en Turquie, le KPD (de Barzani) et le YNK (de Talabani) au Kurdistan Sud iraquien. Malgré tout, la demande des Kurdes pour la liberté et pour leurs droits nationaux est très grande. Mais après le référendum au Kurdistan Sud, les évènements qui ont suivi démontrent que le peuple kurde ne peut conquérir ses droits nationaux en s’appuyant sur des forces réactionnaires et oppressives. Sur la base des relations économiques avec la Turquie et l’Iran s’est constituée une nouvelle couche bourgeoise totalement dépendante de ce commerce. C’est elle qui domine le gouvernement régional du Kurdistan Sud, et est représentée par deux partis, le KPD et le YNK, lesquels sous le prétexte de manque de moyens, après une négociation humiliante pour le peuple kurde, ont abandonné la ville de Kirkouk. Et sous la pression du peuple kurde Barzani a été contraint de démissionner.

SOUTENIR LES FORCES DÉMOCRATIQUES QUI LUTTENT DANS LA RÉGION

À l’époque de la domination impérialiste, aucune lutte nationale ne peut atteindre ses objectifs en s’appuyant sur l’impérialisme. Dans cette situation, l’indépendance politique, soit n’existe pas, soit est dérisoire et dépendante des enjeux politiques de l’impérialisme. Mais cette réalité ne doit pas être un prétexte pour s’opposer à l’autodétermination des nations et des peuples opprimés.

En France, certains groupes et organisations par « anti-impérialisme » dirigé contre les États-Unis prennent parti pour les autres forces réactionnaires d’Iran et de la Syrie soutenues par la Russie impérialiste. Ils ne comprennent pas que le conflit entre les pays impérialistes laisse un espace de lutte pour les forces démocratiques en Syrie. Mais cette guerre n’est pas terminée. Une fois le danger de l’EI écarté, le conflit peut prendre un autre tournant. L’alliance entre la Turquie, l’Iran et la Syrie dirigée contre les Kurdes, la « prudence » des pays impérialistes vis-à-vis de la situation au Kurdistan Sud après le référendum, laisse présager un tel tournant. Si demain des pays impérialistes reconnaissent l’existence du Kurdistan en tant que pays, ils ne le feront que contraints et forcés par une lutte continue du peuple kurde de plus d’un siècle, et poussés par les contradictions inter-impérialistes à adapter leur tactique à une nouvelle situation. Les pays impérialistes, malgré leur puissance, ne peuvent tout maitriser. Quand les pays impérialistes ont abandonné le colonialisme pour passer au néo-colonialisme, on ne pouvait pas pour autant conclure que la lutte contre le colonialisme avait été inutile simplement parce qu’elle a conduit les forces réactionnaires mondiales à s’adapter à la nouvelle situation créée par la lutte des peuples opprimés.

Aujourd’hui, que proposent toutes ces forces « anti-impérialistes » qui doutent de la justesse de la lutte du peuple kurde ? Qu’il arrête de lutter pour ses droits nationaux et démocratiques ?

Notre position est fondamentalement identique que ce soit pour la Palestine, la Catalogne ou pour les Kurdes. La situation est certes différente, mais les communistes ne conditionnent pas leur soutien à un peuple opprimé à la façon dont il doit mener sa lutte pour ses droits nationaux et démocratiques. Cependant « le droit d’autodétermination est une des revendications de la démocratie, qui doit naturellement être subordonnée aux intérêts généraux de la démocratie. » (Lénine – Les questions nationales et coloniales, Éditions de Pékin, p. 11), et Lénine de préciser qu’en 1848 ces intérêts consistaient au premier chef à combattre le tsarisme, aujourd’hui c’est la lutte contre les forces réactionnaires et impérialistes au Moyen-Orient. C’est pour cette raison que l’on ne peut soutenir des marionnettes de l’impérialisme comme Barzani et Cie au Kurdistan Sud.

Dans toute situation le rôle fondamental des communistes est d’organiser le prolétariat, là où il existe, sur ses objectifs propres qui ne sont pas ceux de la bourgeoisie, petite ou grande, et ce même pendant la lutte de libération nationale. Seule l’indépendance politique et l’autonomie organisationnelle du prolétariat, là où il existe, peut l’amener à peser sur le mouvement dans le sens de ses objectifs immédiats et stratégiques. La lutte des peuples opprimés devient alors une composante de la révolution prolétarienne. Les communistes marxistes-léninistes, en participant activement à la lutte des peuples opprimés, savent par expérience que pour se débarrasser de l’oppression du capitalisme-impérialisme, une révolution prolétarienne est nécessaire comme nous l’a montré la révolution d’Octobre.

Pour conclure, nous réaffirmons avec force notre solidarité avec le peuple kurde. Le peuple kurde au Moyen-Orient est porteur de dynamismes progressistes et démocratiques, et notamment les Kurdes de Rojava et du Kurdistan Nord (Nord de la Syrie.

Nous sommes convaincus que le peuple kurde, avec le soutien international des forces révolutionnaires et communistes, peut par ses propres forces faire triompher le modèle démocratique révolutionnaire dont il est porteur dans la région (pour la Syrie : une fédération syrienne de républiques nationales démocratiques).

Vive la lutte du peuple kurde sur la voie de sa liberté !

Vive la lutte pour la démocratie sociale et politique des peuples de Syrie !

Vive les forces YPG-YPJ à la tête de la lutte pour la démocratie et les droits nationaux !

La libération de Raqqa est une victoire pour la démocratie en Syrie.

LEXIQUE DES ORGANISATIONS

Les Forces Démocratiques Syriennes sont une alliance militaire formée de forces armées kurdes, à savoir les YPG et les PYJ (la branche féminine des YPG), et d’autres forces armées. 40% des FDS sont des forces armées arabes.

Le TEVDEM est l’alliance politique qui administre les régions du Nord, libérées de l’EI. Elle est formée principalement du parti kurde PYD (Parti de l’Union Démocratique), du Parti de Gauche de Rojava, du Baris (parti de la Paix) et d’une fraction du KPD (Parti démocratique du Kurdistan qui s’est scindé en deux et dont une partie a la même position que le KPD de Barzani en Irak) et d’autres forces politiques plus petites.

Extraits « La Chartre de Rojava » Consultable en intégralité

http://www.kedistan.net/wp-content/uploads/2015/10/charte-tev-dem.pdf

(..) la résistance des YPG/YPJ (Unités de défense du peuple et des femmes) à Kobané est la résultante d’une histoire de trente ans de résistance du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan qui a beaucoup inspiré le mouvement kurde en Syrie. Depuis 1984, le PKK mène une lutte armée contre l’État turc. En parallèle de cette résistance, le PKK a défini un programme politique innovant sous l’impulsion de son leader Abdullah Öcalan, qui depuis son emprisonnement en 1999 travaille à repenser une théorie politique innovante, où il rejette le concept d’État-nation au profit d’une organisation de la société basée sur l’autonomie et la démocratie à toutes ses échelles.

La charte du Rojava est très claire en matière d’égalité homme/femme, et la libération des femmes constitue un des axes majeurs du programme social du Rojava. Celle-ci reconnaît les inégalités de genre inhérentes à la société patriarcale existant jusque-là et ayant une influence sur la société. Toutes les institutions adoptent ainsi un système de coprésidence : un homme et une femme. Loin de se limiter à un combat militaire, la lutte des femmes passe aussi par une forte implication dans l’organisation et la vie politique du Rojava. L’Académie des femmes leur permet de recevoir une formation politique et militaire leur donnant les outils qui leur permettent de prendre leur place dans la résistance du Rojava. Ces formations sont dispensées aux femmes de tous âges, dans le but de casser la segmentation de la société en classes d’âge.

L’avenir politique du Rojava est incertain. La révolution en cours au Rojava n’en est qu’à ses débuts, et rencontre maintes difficultés. Après avoir commencé à appliquer son programme politique, le Rojava a créé une entité politique plus large, les Forces démocratiques syriennes, afin d’inclure de façon plus large les autres communautés du Nord de la Syrie, et recevoir de l’aide militaire étrangère.

Le 17 mars 2016, le conseil constitutif du Rojava a publié une déclaration de fédéralisme, engendrant aussitôt de multiples attaques, dont un nouvel embargo de la part du KRG (Gouvernement régional du Kurdistan d’Irak), empêchant la circulation des personnes et de l’aide humanitaire à destination du Rojava. Les attaques constantes des jihadistes de Daesh, l’embargo imposé par la Turquie qui ne supporte pas l’idée d’un contrôle territorial kurde à ses frontières, mais aussi par ses pions locaux, notamment le Kurdistan irakien dirigé par Barzani, sont autant d’obstacles rencontrés par les administrations locales. Difficile aussi de prévoir la posture que les alliés de circonstance, États-Unis et Russie, adopteront face à la volonté d’autodétermination du peuple du Rojava. Pour l’instant, pour ne pas froisser la Turquie, les États-Unis ont rejeté en bloc les demandes politiques de l’administration du Rojava, tout en continuant leur aide militaire. Enfin le régime syrien, qui jusque-là adoptait un silence pragmatique pour éviter d’ouvrir un conflit supplémentaire avec les Kurdes, a fait savoir qu’il n’accepterait pas d’autonomie du Rojava au sein de la Syrie. Au sein de la communauté kurde elle-même, il existe toujours des tensions entre une volonté de création d’un État-nation kurde (ce que ne soutient pas l’administration locale), et un fonctionnement fédéral sur un mode libéral (qui n’est pas non plus le programme de la charte du Rojava). Entre les deux, le processus d’autonomie démocratique tente de percer son chemin. Une chose est sûre, ce processus de démocratisation en cours au Rojava est une initiative nouvelle, appelée à s’insérer dans un processus de paix plus global au Moyen-Orient et peut être à lui servir d’inspiration.

Abattre le capitalisme

 

 

Construire la solidarité!

 

Source: http://rocml.org/le-peuple-kurde-et-les-peuples-opprimes-du-moyen-orient-a-la-conquete-de-leurs-droits-nationaux-et-democratiques-par-leurs-propres-forces/

Entretien avec le commandant du Bataillon International de Libération (BIL)

Le 9 novembre 2017, le Secours Rouge International obtenait cet interview avec un combattant du TKP/ML TIKKO et commandant provisoire du Bataillon International de Libération (BIL). Par la diffusion de cet entretien avec le commandant du Bataillon International de Libération, nous voulons répondre aux questions qui nous sont demandées sur ce qui se passe là-bas, maintenant que ISIS a été défait militairement. Nous voulons également susciter un débat sur les enjeux de cette guerre populaire contre le fascisme et les suites que les révolutionnaires devraient y donner.

 

Peux-tu te présenter et nous expliquer comment le commandement du Bataillon International de Libération est-il organisé ?

Je m’appelle Mahir Bakirciyan, je suis combattant du TKP/ML TIKKO et commandant du Bataillon International de Libération (BIL)

Le mandat d’un.e commandant.e du BIL est de trois à quatre mois. À la fin de cette période, les quatre organisations constituantes du BIL (BÖG, TKP/ML TIKKO, MLKP et IRPGF) se réunissent et choisissent le.la nouveau/elle commandant.e. Nous utilisons une rotation afin qu’a chaque fois il/elle soit issu.e d’une organisation différente que le/la dernier.ère en place.

L’opération de Raqqa s’est terminée sur une victoire historique. De Manbij à Raqqa quelle en est son importance historique, stratégique et tactique ? Qu’en est-il du point de vue de la construction de la révolution au Rojava ?

La libération de Raqqa est le fruit d’un long et difficile combat contre les gangs fascistes de l’État Islamique (EI). Un combat qui a demandé d’énormes sacrifices aux peuples kurde et arabe ainsi qu’aux volontaires internationalistes. Depuis la défense héroïque de Kobané, nous sommes passé.e.s à l’offensive en libérant de nouveaux territoires et en gagnant ainsi plus de terrain pour que la révolution s’enracine. Manbij était un objectif stratégique capital. La ville servait de deuxième capitale pour l’EI. Elle facilitait le transport de troupes, de ressources et de munitions depuis la Turquie. Elle permettait aussi de défendre le front ouest de Raqqa et constituait un obstacle pour le combat d’unification des trois cantons du Rojava. Sa libération fut une grande victoire pour les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) mais eut un coût énorme en vies. Malheureusement, après cela les opérations pour Jarablus et Al-Bab ont été mises en suspens à cause de l’intervention criminelle de la Turquie qui protège ses alliés de l’EI.

L’étape suivante fut le lancement de l’opération pour Raqqa avec sa longue et difficile avancée au sud sur plusieurs fronts à la fois. Elle consistait autant en des mouvements offensifs que défensifs et le BIL était toujours au cœur de l’action. Début juin l’attaque sur la ville elle-même a commencé. Nous avons pu appliquer tout ce que nous avions appris sur la guerre urbaine à Kobané et à Manbij. Nos tactiques ont continué à se développer et à s’ajuster pour faciliter l’évolution constante de la doctrine militaire des FDS. Par exemple, nous avons eu une approche beaucoup plus précise sur les mouvements offensifs que lors des opérations précédentes. Nous avons déployé moins d’unités afin d’utiliser des unités mécanisées et des véhicules blindés de manière innovante. Les armes lourdes, l’artillerie et les frappes aériennes nous ont permis de bombarder les zones d’opération. Ainsi, nous avons pu contrer tant les vieilles que les nouvelles tactiques de nos ennemis fascistes, comme l’utilisation de drônes de reconnaissance ou de combat, les armes improvisées, le minage des zones de combat et la construction de réseaux de tunnels. Après quatre mois d’opérations intensives, nous avons pu libérer Raqqa. Ce fut un coup décisif dans notre combat contre l’EI, tant sur le plan stratégique, idéologique que symbolique. L’esprit révolutionnaire des peuples du Rojava a ainsi pu détruire un ennemi que beaucoup ont fui.

Même si la menace de l’EI et du fascisme est toujours présente, le califat auto-proclamé n’existe plus. C’est une victoire historique pour le Rojava et pour tous les peuples qui subissent le fascisme sous toutes ses formes. Cela ouvre aussi une nouvelle ère pour cette région. Le Rojava doit maintenant consolider les nouveaux territoires, continuer à se développer et à organiser ses défenses tant militaires qu’idéologiques afin de se préparer pour les défis à venir.

Qu’est-ce que ça signifie pour le BIL  ? Quels liens faire entre les stratégies militaire et civile visant à construire et à stabiliser le processus révolutionnaire ?

Le BIL a été impliqué dans toutes les phases de l’offensive de Raqqa et dans la bataille pour la ville. Il est important de souligner le rôle clé des internationalistes dans le succès du BIL lors de la bataille. Cela nous a permis d’accumuler une expérience militaire inestimable et de nous forger une solide réputation auprès des FDS.

Le BIL reste une unité de grande importance pour toutes les organisations et tou.te.s les révolutionnaires impliqué.e.s en son sein. Tout comme le Rojava, le BIL est dans une phase de transition, évaluant constamment les situations stratégique et militaire pour tenter de préparer l’avenir. Même si la guerre contre l’EI semble toucher à sa fin, le BIL restera une unité de combat. Dans le futur proche nous allons nous concentrer sur l’entraînement, la propagande et peut-être développer notre travail dans un cadre civil. La révolution doit s’enraciner dans les régions nouvellement libérées. Si les habitant.e.s ne s’investissent pas dans les structures révolutionnaires et si la révolution n’arrive pas à améliorer les terribles conditions matérielles de ces gens alors, nous serons vu.e.s comme des occupant.e.s plutôt que comme des libérateur.ice.s.

Quelles expériences en tirez-vous  ? Quelles sont les expériences positives et les erreurs à éviter à l’avenir ?

Nous avons appris à consolider nos expériences et à les transformer en une doctrine militaire évolutive. Elle nous a permis de nous adapter face à l’évolution rapide et à la diversité des champs de bataille autour de Raqqa. Elle sera aussi un héritage pour le BIL. Nous avons utilisé efficacement les “tekmils” (NdT: Réunions de critiques/autocritiques typiques des combattant.e.s kurdes) d’opération afin de garder nos programmes d’entraînement à jour. Par contre, nous aurions dû mettre en place ce processus plus tôt dans la campagne pour Raqqa. Sur ce point, nous devons faire notre auto-critique. Le besoin de se concentrer sur les tâches militaires explique que nous avons négligé d’autres aspects du combat révolutionnaire. Le travail de propagande, par exemple.

Quel est le futur du BIL ? Quelles sera la stratégie après l’opération de Raqqa pour toutes les forces des FDS ?

Nous évaluons la possibilité d’ouvrir une base permanente pour le BIL. Nous nous concentrons aussi sur la communication avec les volontaires potentiel.le.s, les organisations qui nous soutiennent ainsi qu’à accorder plus d’importance à notre propagande. Récemment, nous avons réfléchi au développement de nos activités dans le civil. Nous évaluons le potentiel de projets de cette nature.

Les FDS sont une coalition militaire qui a pour but de défendre les avancées démocratiques de la révolution au nord de la Syrie. Elle est fondée autour de représentations de différents groupes telle que les YPG, YPJ, HXP et les Conseils Militaires de Manbij, de Raqqa et de Deir Ezzor ainsi que d’anciens membres de l’Armée Libre Syrienne. Les FDS continueront leur restructuration interne, termineront l’opération à Deir Ezzor et se prépareront contre toute attaque venant des forces impérialistes présentes dans la région.

Quelle est ton analyse de la situation régionale actuelle ?

Il semble qu’elle soit devenue bien plus compliquée.

 

Quel rôle joueront des forces révolutionnaires tel que le BIL ?

La situation est très instable et changeante. La destruction de l’entité territoriale de l’EI donnait une direction pour tous les acteurs de la région. Ceci fait, les différents acteurs vont réévaluer et renégocier leurs relations. Cela rend toute analyse sur le futur de la région très difficile. La Turquie occupe la campagne au nord d’Alep. Elle s’est aussi déployée à Idlib et augmente sa pression sur Afrin. Hachd al-Chaabi (NdT: les “milices chiites”) menace Shengal et la frontière Irakienne. Le régime reste une menace constante et il est difficile de savoir quel sera son prochain mouvement. L’avenir géopolitique du Rojava dépendra de l’avancée de la révolution dans le reste du Kurdistan et de la levée de l’embargo sur le nord de la Syrie.
Malgré les changements géopolitiques les tâches fondamentales de la révolution restent les mêmes ainsi que sa mission principale : Défendre et approfondir le processus révolutionnaire et construire la solidarité internationale.

 

Abattre le capitalisme

Construire la solidarité!

 

 

Source: https://secoursrouge.org/IMG/pdf/mahirfr.pdf