La répression dans les pays capitalistes avancés

Vu la qualité et la richesse de l’étude sur la répression de James F. Petras, professeur de sociologie à l’Université de New York , nous en publions l’intégralité.

 

 

L’idée a été longtemps admise, dans les milieux de gauche et même d’extrême gauche, que, hormis l’éventualité d’une crise économique et d’un affrontement de classes majeurs, la coercition physique et la répression exercée par l’Etat policier dans les pays capitalistes avancés n’étaient que des phénomènes purement épisodiques dus à l’influence des caractéristiques propres de certaines personnalités, ou à des débordements bureaucratiques. L’hégémonie idéologique et la manipulation de l’appareil idéologique et politique étaient censées constituer la «norme» dans les démocraties capitalistes (1), la violence politique et les actes illégaux ou «extra-légaux» des autorités relevant des «régimes d’exception».

Depuis quelque temps, un nombre considérable d’informations viennent démentir ces hypothèses (2). Derrière le rituel des élections et des débats publics, un vaste réseau de services officiels est impliqué à longueur d’année dans la violation des droits démocratiques des citoyens, des partis et des mouvements exerçant des activités politiques légales.

Conçues de manière bureaucratise et à grande échelle, exécutées clandestinement et visant des objectifs à long terme, les activités de l’Etat policier font désormais partie de la routine de la vie politique dans les pays capitalistes, notamment aux Etats-Unis. La distinction entre les activités politiques relativement bien établies et les mouvements «subversifs» marginaux ou peu organisés tend ainsi à s’estomper, quant à leur aptitude à être pris, comme cibles de l’action des services de surveillance et d’espionnage (l’affaire du Watergate en est un exemple).

Quand, il y a trois ans, je demandais à obtenir communication de mon dossier politique, en application de la loi sur la liberté de l’information, mon avocat écrivit au moins à dix-huit agences du gouvernement américain pour obtenir ces renseignements : services secrets, département d’Etat, F.B.I. Certaines répondirent qu’elles ne détenaient pas de dossier à mon sujet. D’autres envoyèrent des renseignements restreints. La masse des informations provint du F.B.I. et de la C.I.A., la plupart des documents étant censurés pour raison de «sécurité nationale».

Ces deux derniers organismes, constituent, avec les services de renseignement de l’armée, l’Agence de renseignement de la défense nationale, l’Agence de sécurité nationale, la direction des impôts, les chambres d’accusation et des douzaines d’organismes politiques locaux (le Chicago Red Squad a admis qu’il détenait près de deux cent mille dossiers), la panoplie des agences de renseignement parallèles (et faisant parfois double emploi) impliquées dans la répression de l’activité politique. L’importance des efforts consacrés par ces agences à la répression politique (par opposition à la lutte contre le crime organisé) a été révélée par une étude qui démontre qu’à 40% le temps d’une unité moyenne du F.B.I. est absorbé par des tâches de surveillance politique (3).

La croissance de l’appareil policier aux Etats-Unis s’est accompagnée d’une prolifération de ses activités, stimulée par le développement des techniques informatiques. En 1968, seuls dix Etats sur quarante-neuf disposaient d’un système de renseignement automatisé; en 1972, quarante-sept Etats en étalent pourvus, tous ces systèmes étant connectés avec le système central du F.B.I. (4). En outre, les organismes existants se politisent de plus en plus : la Commission de la fonction publique a répertorié des centaines de milliers de noms de personnes considérées comme de gauche; le Bureau des narcotiques combine un rôle politique (provocation) avec sa tache officielle; le Bureau des passeports détient des listes politiques; la Division des renseignements des postes contrôle tout courrier politique; le ministère de la Justice, enfin, accumule d’épais dossiers sur les contestataires, quels qu’ils soient. Le F.B.I. disposerait, rien qu’à Washington, de plus de cinq cent mille dossiers de renseignements portant sur des groupes ou des individus présents aux Etats-Unis (5).

Les activités de l’Etat policier ont pour but exprès de «dénoncer, démanteler, détourner, discréditer et en tout cas neutraliser» (6)toute opposition politique, qu’elle provienne des Noirs, de la gauche en général, ou de tout groupe qui a pu encourir l’épithète de «subversif». Ces activités ont effectivement affaibli la capacité des individus (Noirs, étudiants…) à exercer leurs droits démocratiques dans la poursuite de leurs objectifs politiques et sociaux. Ainsi est-il possible, sans abroger aucune des lois existantes, d’empêcher l’opposition d’exercer effectivement ses droits civiques.

Les cibles principales de l’appareil répressif de l’Etat sont les minorités ethniques, les femmes, les mouvements pour la paix et les étudiants. Le F.B.I. consacre 95% de son temps à harceler la gauche (7).

En Allemagne de l’Ouest, la politique du «Berufsverbot» (interdictions professionnelles) tend à punir toute activité de protestation présente et passée, afin de prévenir toute opposition future. Elle se traduit par le «non recrutement, le licenciement, le refus de titularisation (et autres mesures disciplinaires frappant les fonctionnaires de tous niveaux dont le loyalisme est considéré comme douteux). Ce doute est généralement fondé sur un comportement présumé qui est parfaitement légal» (8). En vertu de cette législation, au moins quatre mille personnes ont perdu leur emploi, et un nombre encore plus élevé de libraires, d’éditeurs ou de parents ont fait l’objet de tentatives d’intimidation qui ont conduit même les sociaux-démocrates européens les plus modérés à manifester leur indignation. Parmi les professions les plus touchées, on compte les professions libérales, les enseignants, les travailleurs sociaux et les avocats… Le S.P.D.., (parti, social-démocrate allemand) courtise désormais l’électorat de droite, après avoir détruit par la cooptation au sein des comités du parti et par la répression toute solution de rechange organisée à gauche. En l’absence d’un mouvement de masse à gauche capable d’intervenir, de manière organisée et cohérente, en faveur de la défense des libertés démocratiques, la surenchère se donne libre cours entre les deux principaux partis pour obtenir le soutien de la droite sur la base d’une politique de répression.

Le poids de l’intervention de l’Etat s’est fait sentir aussi bien sur les mouvements politiques déclinants que sur ceux qui prenaient leur essor. L’utilisation de «plombiers» (aux Etats-Unis) ou d’articles constitutionnels (l’article 18 en Allemagne de l’Ouest) reflète la différence des contextes politiques au sein desquels les mesures autoritaires sont prises. Aux Etats-Unis, pendant les années 60 et au début des années 70, un vaste mouvement de protestation rassemble des millions de citoyens, incluant des politiciens de Washington comme des G.I. de Saïgon. L’utilisation, à l’époque, de moyens législatifs pour briser ce mouvement aurait signifié la fin de l’image de marque démocratique derrière laquelle l’Etat policier cachait ses premiers pas. La dénonciation de l’Etat policier et les révélations qui s’ensuivirent sur ses activités illustrèrent le conflit et les luttes qui peuvent surgir entre l’appareil démocratique et celui de l’Etat policier quand une force populaire se manifeste activement et agressivement.

La doctrine de la sécurité nationale

Malgré une tendance constante à l’érosion des droits démocratiques au sein des pays capitalistes avancés. Il existe dans ces pays un besoin non moins constant de renouveler les croyances qui soutiennent l’ordre politique existant (9). La base idéologique de la domination de la classe capitaliste en Occident est liée à la notion de démocratie, ainsi qu’à l’élection et au contrôle par les citoyens de leurs représentants politiques. Sans hégémonie idéologique (10), la société serait confrontée à l’alternative hobbésienne : guerre civile destructrice ou dictature coercitive et coûteuse. Le danger, cependant, pour la classe capitaliste et ses Institutions ancillaires (armée et police) est que cette structure «idéologique» devient sans cesse la base d’un défi aux prérogatives du capital. D’où la recherche constante d’autres armes idéologiques susceptibles de limiter l’application effective des droits démocratiques et de créer des liens de cohésion interne qui coupent au travers de la structure de classes.

Depuis l’époque où les Etats-Unis commencèrent à s’opposer de par le monde aux révolutions sociales et nationales (à la fin des années 40), la raison la plus souvent invoquée pour justifier la répression intérieure et extérieure fut la doctrine de la sécurité nationale (11). Ce terme en soi est un euphémisme pour décrire la répression de classe. La doctrine consistait à exploiter les loyalismes ultra-nationalistes et les sentiments d’insécurité personnelle et politique : ainsi les problèmes de classe exploitation, chômage, racisme, sexisme, etc. disparaissaient dans un système de pensée légitimant l’ordre social existant et voulant que le problème fondamental, soit celui du renforcement de l’appareil d’Etat contre l’«agression des Etats étrangers».

Tous ceux qui défiaient l’ordre social et l’Etat devenaient ainsi par définition des «agents des puissances étrangères», ou encore dans le langage bureaucratique, «des menaces pour la sécurité nationale». L’imagerie, aussi bien que la doctrine elle-même, créait la Justification de la répression : les autorités répressives et leurs «partisans» étaient décrits comme des «patriotes» et les «défenseurs» d’une notion abstraite de la loi et de l’ordre (même s’ils violaient eux-mêmes cette loi), tandis que leurs adversaires étaient qualifiés de xénophiles sympathisant secrètement avec des terroristes sans foi ni loi.

Répression internationale, luttes de classes et conflits nationaux

Le trait principal de l’économie mondiale capitaliste aujourd’hui est le caractère permanent de la crise, révélé par un chômage massif et chronique et par la montée des taux d’inflation (12). Récession et inflation sont utilisées par l’Etat capitaliste pour justifier des politiques de limitation des salaires et de rationalisation du procès de travail (licenciements, intensification de l’exploitation).

L’impact inégal de la crise capitaliste a suscité une répression sélective à l’encontre des groupes et des segments de la classe ouvrière les plus touchés. En Allemagne et aux Etats-Unis, contrôles, descentes de police et expulsions, visent systématiquement les travailleurs dits «étrangers» (13); en Italie, la police harcèle les jeunes chômeurs sous prétexte de lutter contre le «terrorisme». Les mesures autoritaires frappant ces catégories de travailleurs sont les premières offensives par lesquelles l’Etat capitaliste tente d’affaiblir le pouvoir collectif de la classe ouvrière et de restaurer la capacité du capital à sortir de sa crise d’accumulation.

Dans sa fonction répressive à rencontre de certains secteurs de la classe ouvrière, l’appareil policier de l’Etat a été grandement aidé par certains mouvements syndicaux. Aux Etats-Unis, la direction de l’A.F.L.-C.I.O. a sapé sans relâche les bases d’un mouvement ouvrier unifié en concentrant son action sur des problèmes de travail restreints et sur des questions de salaires, et en collaborant ouvertement avec la politique étrangère de l’Etat impérialiste par ses prises de position «protectionnistes» empreintes d’un chauvinisme profond à l’égard des travailleurs des autres pays. Chacune de ces prises de position a eu un effet en retour appréciable : le soutien accordé aux dictatures anticommunistes à l’étranger a facilité l’exode des capitaux américains vers les pays a main-d’œuvre captive; la campagne contre les travailleurs en situation irrégulière a contraint ceux-ci à accepter des salaires plus faibles, favorisant ainsi une pression à la baisse des salaires en général; l’incapacité à se battre pour autre chose que des contrats salariaux spécifiques a entraîné la détérioration des services sociaux et du soutien de l’opinion publique aux travailleurs. Le résultat final est qu’il est de plus en plus difficile d’organiser les travailleurs américains : la part des ouvriers syndiqués dans le total de la force de travail est passée de 40% dans les années 40 à 20% en 1978.

Traditionnellement les politiques conduites par les bureaucraties syndicales en Europe n’ont pas été aussi conservatrices ni aussi indulgentes à l’égard du capital qu’aux Etats-Unis, mais il semble bien que la même évolution s’y fasse jour. Confrontées à la récession, les directions des partis sociaux-démocrates et même communistes ont déjà, dans certains cas, été amenées à accepter la politique de licenciement, de blocage et de baisse des salaires.

Les sociaux-démocrates allemands ont soutenu l’expulsion de cinq cent mille travailleurs étrangers comme moyen d’amortir les effets de la crise économique : une politique semblable est pratiquée en Suisse; en France, la tendance est de plus en plus à des restrictions. La politique de mise en chômage des Jeunes et des étudiants en Italie, et en Europe, en général, reste ignorée des partis «de gauche», et le soutien qu’ils accordent aux nouvelles lois répressives destinées à prévenir les manifestations des victimes du sous-emploi et du chômage en dit long sur le resserrement des liens entre les bureaucraties coupées des masses et l’Etat capitaliste. L’attitude qui consiste à brader les intérêts d’une partie de la classe ouvrière pour protéger ceux d’une autre partie (les travailleurs nationaux adultes pourvus d’un emploi contre les travailleurs étrangers, les jeunes et les chômeurs) crée les conditions d’une escalade de la répression. L’Etat capitaliste, qui utilise la législation répressive et «antiterroriste» contre une partie de la classe ouvrière aujourd’hui, pourra l’utiliser demain contre l’autre, en fonction de l’aggravation éventuelle de la crise économique et de la capacité des travailleurs à déclencher une contre-offensive de masse pour la défense des libertés démocratiques.

L’aggravation de la concurrence entre pays capitalistes, la crise énergétique, l’accumulation impressionnante des excédents de capacité dans les Industries de base à l’échelle mondiale, ont exacerbé les difficultés de la reproduction du capital : la rivalité pour conquérir les marchés et les ressources oblige chaque classe capitaliste à redoubler d’efforts pour comprimer les coûts salariaux afin de tenter d’obtenir des avantages marginaux. Le rôle de l’Etat capitaliste devient de plus en plus décisif dans la définition des conditions d’une poursuite de l’expansion. Là où la bureaucratie ouvrière peut être cooptée et quand elle est en mesure de conserver la direction de la majorité des travailleurs, la législation répressive est dirigée contre les «outsiders» : syndicats dissidents, prétendument «extrémistes», minorités nationales, etc. Là où la cooptation ne peut se faire et quand la bureaucratie perd le contrôle de ses militants, l’appareil de sécurité nationale entrera en action avec sa panoplie répressive.

Quand s’ouvre ainsi une période de crise aigüe des régimes politiques démocratiques, les structures formelles de la démocratie peuvent se maintenir, certes, mais le contenu et la substance du système politique seront plus en plus modelés par l’appareil bureaucratique, à moins qu’un mouvement démocratique de masse n’impose le lien entre les problèmes de la répression socio-économique et ceux de la répression politique (14). Une condition préalable en serait la démystification de la doctrine de la sécurité nationale, la dénonciation de sa vraie nature d’outil de répression de classe à l’intérieur et à l’étranger. Une contre-offensive des forces populaires démocratiques devrait rejeter les appels à une «mobilisation derrière un Etat fort» comme ceux que l’on entend en Italie et que l’on entendra sans doute bientôt dans les pays où s’il n’existe pas de terroristes, il faudra en inventer. Le combat pour des droits démocratiques devrait plutôt être associé à une défense claire et énergique des droits spécifiques de la classe ouvrière, en particulier des secteurs de celle-ci qui ont été le plus durement touchés pour l’instant : chômeurs, jeunes, minorités nationales et travailleurs immigrés.

James F. Petras

Professeur de sociologie à l’université de l’Etat de New-York, Binghamton.
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Déclaration de Georges Abdallah à l’occasion de la Journée internationale du prisonnier palestinien pour la Journée du 17 avril 2019

 

Cher.e.s Camarades, Cher.e.s ami.e.s,

Les conditions de détention des Résistant.e.s palestinien.ne.s ne cessent de s’empirer dans les geôles sionistes ces derniers temps.

Depuis le début de l’année, Gilda Erdan, ministre israélien de la sécurité, cherche à imposer « une nouvelle réalité » à nos Camarades prisonniers, dans le but de faire reculer, ou tout bonnement annuler les droits que ces derniers ont acquis de hautes luttes durant les précédentes années. Les perquisitions et autres fouilles générales se multiplient de plus en plus dans les divers centres pénitentiaires israéliens. Les unités spéciales de répression lourdement armées, se livrent aux pires excès lors de ces diverses interventions. Plus de 120 prisonniers blessés à Ketziot lors de la répression des protestations depuis février, ainsi qu’à Offer, à la prison de Néguev et ailleurs dans les autres établissements pénitentiaires…

Tout est bon pour intimider et multiplier les difficultés de nos camarades faute de pouvoir les briser : confiscation des effets personnels, isolement, annulation de droit de visite, transfert. Et plusieurs camarades sont frappés lors de chaque intervention de ces unités de répression. Ne parlons pas de la « bousta » et de toute la souffrance surtout lors des transferts de nos camarades femmes…

Suite à cette situation, nos Camarades ont annoncé le lancement d’une grève de la faim collective dans les prisons israéliennes. Des dirigeants-clés du mouvement des prisonniers et du mouvement de libération nationale dans son ensemble se sont joints à la grève et des centaines d’entre eux prévoyaient de s’associer à la grève dans les prochains jours. Il était prévu que la grève allait s’intensifier justement aujourd’hui 17 avril en Palestine et à l’échelle internationale comme étant la Journée des prisonnier.e.s palestinien.ne.s. Seulement les autorités sionistes ont jugé utile de reculer pour le moment devant les potentialités du mouvement, surtout eu égard au dernier développement de la situation dans le monde arabe, à savoir les prometteurs mouvements en Algérie et au Soudan.

Comme vous voyez Camarades, les protagonistes révolutionnaires souvent dans des conditions particulièrement difficiles, cherchent par tous les moyens à mettre en échec les politiques de destruction dont ils font l’objet dans les geôles de l’ennemi. Cependant l’issue de cette confrontation, l’issue de cette dure bataille, est toujours fonction de la mobilisation solidaire des masses populaires et de l’engagement inébranlable des avant-gardes sur le terrain de la lutte en cours.

En 1974, la « Conférence nationale palestinienne » a décrété le 17 avril « Journée des prisonniers palestiniens ». Cela n’était pas seulement destiné à dénoncer à cette occasion, la barbarie de l’occupant sioniste, ni seulement destiné à honorer les Résistants captifs en rappelant aux masses populaires leurs sacrifices et leur inébranlable volonté de tenir debout face à la soldatesque sioniste. La célébration de cette « Journée des prisonniers palestiniens » est destinée avant toute autre chose à affirmer haut et fort la ferme détermination d’arracher nos camarades aux griffes de leurs criminels geôliers. En effet, à plusieurs reprises, les avant-gardes de la lutte révolutionnaire palestinienne ont assumé cette tâche avec beaucoup de courage et d’abnégation obligeant l’ennemi à libérer des milliers de camarades captifs sans aucune contrepartie de leur part.

Aujourd’hui Camarades, nous voici rassemblés de nouveau, aussi dans différents pays, afin de célébrer la « Journée du prisonnier palestinien » et surtout exprimer notre indéfectible solidarité avec les Résistant.e.s embastillé.e.s dans les geôles sionistes et notre entière confiance dans la détermination des avant-gardes révolutionnaires palestiniennes et leur ferme résolution de faire le nécessaire pour arracher nos camarades résistants aux griffes des criminels geôliers sionistes.

Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur de nos Fleurs et Lionceaux embastillés dans les geôles sionistes !

Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur des protagonistes des initiatives du droit au retour !

La solidarité, toute la solidarité avec les résistants dans les geôles sionistes et dans les cellules d’isolement au Maroc, en Turquie, aux Philippines et ailleurs de par le monde !

La solidarité, toute la solidarité avec les camarades révolutionnaires résistants dans les geôles en Grèce !

Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur des masses populaires algériennes, soudanaises et yéménites !

La solidarité, toute la solidarité avec les jeunes prolétaires des quartiers populaires !

Le capitalisme n’est plus que barbarie, honneur à tous ceux et celles qui s’y opposent dans la diversité de leurs expressions !

Ensemble Camarades, et ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons !

A vous tous, Camarades et ami.e.s, mes plus chaleureuses salutations révolutionnaires.

Votre camarade Georges Abdallah

 

Source: http://liberonsgeorges.samizdat.net/ses-declarations/declaration-de-georges-abdallah-a-loccasion-de-la-journee-internationale-du-prisonnier-palestinien/

Annonce de l’organisation d’une Guerre Populaire Prolongée (GPP) au Bengale oriental

 

Siraj Sikder – Annonce n ° 1 du président des forces armées patriotiques du Bengale oriental.

[Ce document est d’abord traduit en polonais, nous nous excusons s’il y a des erreurs, essayons de traduire le mieux possible.]

Siraj Sikder est un communiste du Bangladesh. Il appartient au Partia « Parti Purba Banglar Sarbahara ». Le document provient de http://sarbaharapath.com

 

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Les chefs suprêmes et le commandant suprême ont été nommés pour diriger la Force patriotique militaire du Bengale oriental.

Le commandant suprême des forces patriotiques armées a divisé l’ensemble du Bengale oriental en plusieurs secteurs militaires.

Dans ces secteurs militaires, des commandants de secteur et des commissaires politiques sont nommés.

Les commandants de secteur mèneront des activités militaires dans leurs propres secteurs.

Les chefs de secteur partageront leurs propres régions administrées dans des sous-secteurs et nommeront un commandant en chef et des commissaires politiques.

Cela devrait être approuvé par le commandant suprême et le commissaire politique.

À l’heure actuelle, toute opération économique ou militaire majeure dans un secteur militaire doit être attribuée par le commandant suprême et sa permission écrite sera requise.

Actuellement, toute opération militaire ou économique dans une région répondant aux besoins du secteur nécessite l’approbation écrite du commandant de secteur.

Actuellement, l’ennemi est au stade d’une offensive stratégique et nous sommes au stade de la défense stratégique. L’infraction stratégique de l’ennemi durera jusqu’à la saison des pluies. Pendant la saison des pluies, l’ennemi entrera dans la défense et le comportement stratégiques alors qu’il devrait entrer dans une phase de criminalité et de développement stratégique.

Par conséquent, pour lancer notre offensive stratégique contre la tempête de pluie, les commandants de secteur doivent terminer les préparatifs suivants avant la saison des pluies, c’est-à-dire avant la fin du mois bengalais de « Jaistha »:

– Nomination des commandants des sous-secteurs et des commissaires politiques;

– Former des groupes de partisans et nommer des commandants et des commissaires;

– Résoudre [les problèmes de courrier] et les moyens de communication et de transport;

– Combler les lacunes entre les sous-secteurs [combler les lacunes géographiques entre les régions (certains villages, Thanas ou Unions)]

– Faire preuve de prudence et collecter des armes (en achetant ou en échangeant des cadres) et les distribuer dans tous les sous-secteurs;

– Apporter des améliorations aux guérillas, aux commissaires et aux commandants;

– Achever la campagne d’améliorations idéologiques et correctives [idéologies];

– Amélioration politique;

– Amélioration organisationnelle;

– Amélioration militaire;

– Nomination d’une équipe de propagande armée;

Les travaux devraient être terminés avant le début de la saison des pluies, afin que nous puissions lancer une attaque stratégique pendant la saison des pluies.

Tout le monde doit s’abstenir de telles activités qui pourraient entraver l’Offensive stratégique.

Nous devons nous garder sérieusement de perdre de bons guérilleros, commissaires, commandants, armes et d’exercer une forte pression sur les régions.

Bureau du président des forces armées patriotiques

 

Source: https://naprzodcom.wordpress.com/2019/04/17/siraj-sikder-ogloszenie-nr1-przewodniczacego-sil-zbrojnych-patriotycznych-bengalu-wschodniego/

Campagne de levée de fonds en soutien au militant anarchiste, Gabriel Duchesneau, victime de violence policière

En soutien au militant anarchiste, Gabriel Duchesneau, victime de violence policière, le Secours Rouge Canada partage la Campagne de levée de fonds pour payer ses représentations juridiques.

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Le 1er mais 2012 au Centre-Ville de Montréal près du centre Eaton, trois flash bombes ont été de lancées avec des gaz irritants, j’ai déposé le drapeau rouge que je portais pour prendre mon petit masque blanc dans mon sac à dos pour me protéger des gaz irritants. En me relevant il y avait une trentaine d’antis émeute en ligne horizontale sur la rue Maisonneuve et un blocage de militants en face de moi. Effrayé je tournais la tête devant et derrière. J’ai vu un policier soulever sa matraque au-dessus de ma tête, il m’a assommé et j’ai été projeté, et je suis tombé à 4 pattes, j’entendais BOUGE ! BOUGE! BOUGE! En petit bonhomme par terre je constate que je suis entouré de boucliers. Tant bien que mal, assommé, j’ai essayer de me lever et bang, un policier me donne un gros coup de bouclier, j’ai crié LÂCHER MOÉ SI VOUS VOULEZ QUE JE PARTE. Quelques minutes plus tard, j’ai repris connaissance, je me suis mis la main derrière la tête et j’avais l’impression que je pouvais rentrer ma main dans ma tête. Je n’ai pas été arrêté et les policiers ne m’ont pas porté secours. Ils sont partis. Des manifestants m’ont aidé et ont téléphoné è l’ambulance.

Quand je suis arrivé à l’hôpital les médecins ont constaté que la fracture était ouverte et ils voyaient mon cerveau à l’œil nu. J’avais une triple fracture du crâne enfoncée et une hémorragie cérébrale. J’ai passé la nuit aux soins intensifs

J’ai été hospitalisé durant deux jours j’ai eu deux semaines de convalescence. J’ai attendu six ans et demi avant d’avoir un procès contre la Ville. J’ai changé trois fois d’avocat, j’ai eu des menaces de la Ville de faire tomber mon procès!

J’ai attendu six ans et demi pour avoir un procès contre la Ville. J’ai changé trois fois d’avocat, j’ai eu des menaces de la Ville
de faire tomber mon procès!

Le post traumatisme de l’évènement m’a amené à consommer pour sortir des cauchemars qui se manifestaient tant en état d’éveil qu’en sommeil profond. Je voyais la police qui m’entourait et me matraquait à la tête, ces images obsessives me hantent depuis 2012.  J’ai entendu nombre d’histoires de militants qui se sont suicidés
suite aux évènements de 2012.

C’est vraiment dur et je n’ai pas d’aide, les spécialistes jugent que je ne suis pas assez magané pour recevoir des services

Le 3, 4, 5 et 6 décembre 2018 j’ai eu mon procès qui s’est terriblement mal déroulé. Personne ne nous défend, ni nous prépare et je ne peux pas parler ici de l’attitude de la cour.

A quatre ans et demi j’ai eu un cancer du cervelet, donc au moment du matraquage j’avais déjà un statu d’handicapé, cela n’a pas été pris en compte lors du procès. En fait cela s’est retourné contre moi étant donné que j’étais déjà magané il a été conclu qu’il n’y avait pas de conséquences à l’être un peu plus. Ce qui est une aberration totale.

On ma traiter de manifestant professionnel car je milite depuis 2005 et j’ai participé à 150 manif en 2012. Il a été conclu que je connaissais Montréal par coeur et que je pouvais prévoir que j’étais en danger et que si j’ai été matraqué c’est que je l’ai cherché.

j’ai besoin de 3 a 4000$ pour les frais de transcription du procès et de 6500$ pour payer mon avocate pour faire appel au jugement a la cours d’appel du Québec

j’ai besoin de votre aide et de votre participation soit a des campagnes de financement que je vais partir, ainsi que votre participation a des shows bénéfice, souper dpegatt, vernissage ou autre vos idées sont les bienvenues

vous pouvez également faire un don par e ail sur gabrielduchesneau@yahoo.com

je recherche également des personnes intéressé(e)s à se joindre à moi pour former un comité de campagne.

Événement Facebook : https://www.facebook.com/events/657801254662234/?ti=icl 

 

La solidarité est notre arme!

Il y a 54 ans, Malcolm X était assassiné

Pour l’anniversaire de la mort de Malcolm X, nous publions avec l’aimable autorisation des éditions Syllepse, un chapitre de la magistrale biographie de l’activiste américain par Manning Marable. Cet extrait du chapitre 15 de l’ouvrage, unique biographie disponible en français et référence majeur de ce pan de l’histoire du mouvement afro-américain, revient sur la journée où Malcolm X fut assassiné, à une période où son évolution politique le poussait vers les idées socialistes.

Malcolm X, une vie de réinventions (1925-1965), 768 pages, 23 euros, éditions Syllepse

À Newark, de l’autre côté de l’Hudson, la petite équipe d’assassins, formée au printemps de 1964 [de membres de la Nation of Islam dont Malcolm X a été le porte-parole], s’est dispersée quand Malcolm est parti à l’étranger. Mais, dès son retour, la question de son assassinat et de ses modalités d’exécution est remise sur la table. Talmadge Hayer a alors plusieurs discussions avec Ben Thomas et Leon Davis. Il racontera plus tard à Peter Goldman que puisque Ben Thomas était un des administrateurs de la Mosquée, il avait naturellement supposé que la direction de la Nation avait autorisé la mission. « Je n’ai pas posé beaucoup de questions, expliquera Hayer, j’ai pensé que quelqu’un avait donné les ordres : « Frère, voilà ce que tu dois faire. » J’ai senti que nous étions d’accord . » [1]

Étudiant la façon d’opérer, le groupe envisage d’abord d’abattre Malcolm devant chez lui à East Elmhurst. Mais, après avoir effectué une reconnaissance, les tueurs constatent que la maison est hautement protégée par des gardes du corps armés. Ils envisagent ensuite de suivre Malcolm dans Harlem et de frapper pendant une réunion publique où il est censé prendre la parole ; ce qui n’est pas possible, selon Hayer, pour diverses considérations pratiques, notamment parce que les conspirateurs de Newark ont un emploi à temps plein et ne peuvent donc pas s’absenter de leur travail pour passer la journée à circuler dans Harlem. Aussi, le groupe finit-il par choisir un mode opératoire simple, mais audacieux : ils tireront sur Malcolm à l’occasion d’un rassemblement à l’Audubon, devant des centaines de partisans et quelques dizaines de membres du service d’ordre probablement armés. La force de ce plan réside dans l’effet de surprise. Les amis de Malcolm pensent en effet qu’il est en sécurité dans les meetings et ils n’ont jamais envisagé un assaut frontal qui leur semble suicidaire. Dévoué à Elijah Muhammad, chacun des membres de l’équipe d’assassins est prêt à sacrifier sa vie pour tuer Malcolm. [2] Lorsqu’un tueur est prêt à mourir, n’importe qui peut être assassiné.

Le succès de l’opération s’annonçait « aléatoire, se souvient Hayer, mais nous sentions que c’est ainsi que nous devions procéder […] et c’est ce que nous avons fait. Pourquoi à cet endroit ? […] Tout simplement parce que c’était le seul endroit où nous savions qu’il serait ». [3] Familier des armes à feu, Hayer est désigné pour en faire l’acquisition et les paie de sa poche. Lui et les autres membres de l’équipe assistent, probablement en janvier 1965, à un rassemblement de l’OAAU, où ils ont la surprise de découvrir que personne n’est fouillé à l’entrée. Ils s’assoient, observent où se tiennent les membres du service d’ordre et notent quand ils sont relevés. Le soir du 20 février, le groupe paie son entrée pour passer la soirée au dancing de l’Audubon et vérifier ainsi toutes les issues possibles.
Les conspirateurs retournent ensuite en voiture au domicile de Ben Thomas où ils décident que le coup de feu décisif sera tiré par William Bradley. « Willie » a été un athlète vedette au lycée, où il a brillé au baseball. Vers l’âge de vingt-cinq ans, il a pris du poids. Il pèse désormais plus de 100 kg, mais il est encore athlétique dans sa façon de se déplacer et sait se servir d’un fusil. Le groupe se met d’accord sur la date du meurtre qui est fixée au dimanche 21 février dans l’après-midi. [4]

***

Ce matin-là, dans sa chambre du Hilton, Malcolm est réveillé par un coup de téléphone. Une voix menaçante lui dit : « Réveille-toi, frère. » Il regarde l’heure, il est 8 heures, en ce matin d’hiver qui ne s’annonce néanmoins pas glacial. [5]

Aux environs de 9 heures, il téléphone à Betty, lui demandant de venir avec les enfants au rassemblement de l’après-midi. Elle est surprise et ravie de cette demande, car depuis son retour d’Afrique, Malcolm l’a à nouveau dissuadée de s’impliquer dans la MMI et l’OAAU et, encore au début de cette même semaine, il lui a strictement interdit de venir à ce rassemblement à cause des risques de violence. Il ne lui explique cependant pas pourquoi il a changé d’avis. Vers 13 heures, Betty et ses filles, qui vivent alors toujours chez les Wallace, commencent à se préparer. Si Malcolm a pensé que son dernier jour était arrivé, pourquoi aurait-il demandé à Betty d’amener les enfants pour qu’ils soient témoins de son meurtre ? Il est en effet possible que, malgré le danger qui le menace, il n’est pas absolument certain de sa fin. Il se peut aussi qu’il y ait eu chez lui une sorte d’ambivalence, un mécanisme de défense le conduisant à ne pas vouloir penser à ce qui était inévitable et qui le terrifiait. Peut-être aussi, à l’instar d’Hussein, voulait-il que sa mort devienne un symbole, une passion exprimant ses croyances.

À 13 heures, Malcolm quitte le Hilton au volant de son Olds-mobile et prend la direction du haut de la ville.
En pénétrant dans l’Audubon, il est possible que Malcolm ait remarqué l’absence des policiers habituellement en faction devant l’immeuble. Selon Peter Goldman, un des lieutenants de Malcolm « avait demandé au capitaine que la police quitte l’immeuble et qu’elle se poste dans un endroit moins visible ». Étant donné l’attentat récent et les restrictions imposées par Malcolm – ni armes ni fouilles à l’entrée –, il est difficile de comprendre tant la logique d’une telle demande que les raisons pour lesquelles la police y a consenti. Dix-huit policiers sont donc postés quelques pâtés de maisons plus loin sur Broadway, devant le Columbia Presbyterian Hospital [6]

De l’entrée à la scène du fond en contre-plaqué, la salle mesure une cinquantaine de mètres. Dans une petite pièce située derrière la scène, Sara Mitchell, James 67X et Benjamin 2X attendent l’arrivée de Malcolm. Quand il entre, ils sentent immédiatement que leur dirigeant est de mauvaise humeur. Après s’être laissé tomber sur une chaise métallique pliante, il se relève quelques minutes plus tard pour faire les cent pas nerveusement. Benjamin se souvient qu’« il était dans un état de tension comme je ne l’avais jamais vu. […] Il perdait tout simplement le contrôle de lui-même ». James lui explique que le secrétaire de Galamison lui a téléphoné quelques heures auparavant pour lui dire que son emploi du temps est trop chargé pour venir prendre la parole devant le public réuni à l’Audubon cet après-midi-là. Malcolm lui ayant demandé pourquoi il n’en a pas été informé plus tôt, James lui rappelle prudemment qu’il a oublié la veille de lui indiquer où il devait passer la nuit et qu’il n’a donc eu aucun moyen de le contacter. James l’informe qu’il a appelé Betty plusieurs heures auparavant afin qu’elle lui transmette l’information. Malcolm explose : « Tu as donné ce message à une femme ! […] Tu devrais être plus avisé ! » [7] Il se déchaîne ensuite contre tous ceux qui sont présents et quand cheikh Hassoun essaye de le prendre dans ses bras, il lui hurle : « Va-t’en ! » [8] Après avoir quitté la pièce avec Hassoun, Benjamin monte sur le podium pour ouvrir la réunion.

Quelques minutes après, Malcolm s’excuse tranquillement auprès de ceux qui sont restés avec lui. « Il y a quelque chose ici qui ne va pas », leur dit-il, en ajoutant qu’il se sentait quasiment « au bout du rouleau ». Le programme de l’OAAU, qui doit être présenté cet après-midi-là, a déjà été repoussé une première fois à cause de l’attentat, et n’est toujours pas prêt. Galamison et plusieurs des orateurs invités sont absents. Le succès du rassemblement repose désormais sur le brio du discours de Malcolm. « Dans les coulisses, Malcolm essayait de mettre de côté ses propres problèmes, observe Mitchell, et quand quelqu’un suggérait qu’il devrait pour une fois laisser les gens s’inquiéter pour lui, un peu irrité, il répondait : « Peu importe ce qui m’est arrivé, je ne suis pas ici pour me plaindre. Ce que je dis doit être dit en ayant les problèmes [des gens] à l’esprit » ». [9]

Ébranlé par l’accès de colère de Malcolm, Benjamin cherche à rassembler ses esprits au cours des premières minutes de son intervention. À plusieurs reprises, il demande au public de « rester assis et de ne pas se tenir dans les allées ». Après cinq bonnes minutes, de tergiversations, il entame son discours en rappelant que cela fait déjà plus d’un an que Malcolm a commencé à s’exprimer contre l’intervention américaine dans le Sud-Est asiatique. Benjamin s’exclame :

«C’est la raison pour laquelle, lorsque frère Malcolm se présentera à vous ce soir, j’espère que vous ouvrirez votre esprit et vos oreilles, il essaye de faire tout ce qu’il peut pour nous venir en aide sans l’approbation du pouvoir qui contrôle le système politique dans lequel vous et moi vivons.»

Sans faire référence à l’attentat et aux incessantes menaces de mort, Benjamin souligne le courage du leader et les sacrifices qu’il fait pour la cause commune. À chaque fois qu’un homme comme cela « est parmi nous, il ne se préoccupe pas des conséquences personnelles, il ne se préoccupe que du bien-être du peuple, c’est un homme bon. Un tel homme, souligne Benjamin, doit être soutenu. Un tel homme doit réussir. Parce que les hommes de ce genre ne surgissent pas tous les jours. Peu d’hommes sont prêts à risquer leur vie pour les autres ». Quelqu’un dans l’assistance approuve en criant : « C’est vrai ! » La plupart des gens « choisiraient de fuir la mort, même s’ils ont raison », continue Benjamin. Malcolm, dit-il encore, est indubitablement un leader « qui ne se préoccupe pas des conséquences, qui ne se préoccupe que du peuple. […]. J’espère que vous le comprenez ». C’est à cet instant qu’éclatent les applaudissements. [10]

Alors que Benjamin 2X continue son discours, les retardataires se pressent devant l’entrée principale de l’Audubon et dans le hall du premier étage. Betty arrive aux alentours de 14 h 50. Pour certains des partisans de Malcolm, l’arrivée de sœur Betty est une agréable surprise, car elle n’a fait que quelques rares apparitions publiques depuis le retour d’Afrique de Malcolm. Jessie 8X Ryan, membre de la MMI, quitte le siège où il est assis aux côtés de sa femme pour escorter Betty et ses enfants vers un box situé près de la scène. [11] L’apparition de Betty signale au public que Malcolm va sans aucun doute bientôt entrer en scène. Environ 400 personnes sont alors réunies dans la salle de danse.

À 14 h 55, les membres du service d’ordre de la MMI sont informés du troisième et dernier changement dans la répartition des tâches. Quelques minutes avant 15 heures, sans prévenir, Malcolm monte énergiquement sur la scène avec un porte-documents à la main et s’assoit près de Benjamin 2X. « Sans plus de cérémonie, je vous présente le ministre Malcolm », lance précipitamment Benjamin. [Retranscription du discours de Benjamin 2X Goodman. La reconstitution faite par la suite par Benjamin ne concorde pas vraiment avec ce qu’il a dit le 21 février 1965. Au journaliste et historien Peter Goldman, Benjamin raconte avoir annoncé Malcolm avec ses mots vibrants : « Je vous présente […] quelqu’un qui veut se mettre en première ligne pour vous. […] Un homme qui donnerait sa vie pour vous ». Voir Goldman, The Death and Life of Malcolm X, p. 271-273.]] Alors que les applaudissements crépitent, Benjamin s’éloigne comme il se doit du pupitre. Malcolm le retient, se penche légèrement vers lui et lui demande d’aller voir si Galamison était arrivé. Celui-ci ayant annulé sa venue, la demande n’a aucun sens, mais Benjamin, obéissant, quitte la scène et Malcolm s’approche du pupitre.

Les applaudissements enthousiastes durent environ une minute, pendant laquelle Malcolm contemple son public admiratif. Sur sa gauche, Gene X Roberts, son garde du corps, quitte tranquillement son poste pour se diriger rapidement vers l’arrière de la salle, à quelques mètres seulement de Reuben X Francis. Que ce déplacement soit une coïncidence ou qu’il l’ait fait à dessein, Gene X Roberts échappera ainsi aux premiers coups de feu qui éclateront quelques secondes plus tard. Malcolm salue la salle avec les traditionnels mots de bienvenue en arabe « as-salám ’aláykum », auxquels des centaines de voix de la salle répondent : « Wa-’aláykum as-salám ».

Avant qu’il n’ait pu prononcer un mot de plus, un chahut éclate au sixième ou septième rang : « Sors tes mains de mes poches », hurle Wilbur McKinley à un autre des conjurés assis près de lui. Alors qu’ils font semblant de se quereller, la bousculade attire l’attention du public, ainsi que celle du service d’ordre. Depuis l’estrade, Malcolm crie à plusieurs reprises « Arrêtez ! Arrêtez ! Arrêtez ! Arrêtez ! ». [12]

Les deux gardes du corps principaux postés sur l’estrade cet après-midi-là sont Charles X Blackwell et Robert 35X Smith, ce qui est inhabituel, car ils n’ont que peu d’expérience en matière de protection. Ils ont rarement été investis de ce type de mission. Ce jour-là, William 64X George, qui a souvent été affecté à la protection de Malcolm sur scène, est posté à l’extérieur. Lorsque la dispute éclate, Blackwell et Smith commettent une erreur tactique en quittant leur poste pour se diriger vers les hommes en train de se chamailler. Gene Roberts, George Whitney et d’autres hommes de la sécurité s’approchent des deux hommes par l’arrière. [13] Malcolm est désormais absolument seul et sans protection sur le podium. Au même moment, une grenade fumigène est mise à feu tout au fond de la salle, créant instantanément la panique, déclenchant les hurlements et semant la confusion. C’est le moment que choisit Willie Bradley, assis au premier rang, pour se lever et se diriger rapidement vers la scène. Il s’arrête à cinq mètres de celle-ci, sort le fusil à canon scié qu’il dissimule sous son manteau, vise soigneusement et fait feu. Les plombs atteignent directement Malcolm au flanc gauche, découpant un cercle de 18 centimètres autour de la région du cœur. C’est ce tir-là qui tue Malcolm X, car si les autres projectiles causent de terribles dommages, ils ne sont pas fatals.

Bizarrement, ce coup de feu ne précipite pas Malcolm à terre. Comme se le rappelle Herman Ferguson, « il y a eu une forte détonation, un fracas qui a rempli la salle, le bruit d’une arme ». À ce signal, deux hommes – Hayer, au premier rang et armé d’un .45 qu’il porte contre son ventre et Leon X Davis, assis près de lui et qui porte lui aussi une arme de poing – se lèvent, se précipitent vers le podium et vident leurs chargeurs sur Malcolm. Ferguson, toujours assis à quelques mètres de l’estrade, assiste directement à la scène :

«Malcolm s’est redressé un moment […], il a levé la main et s’est raidi. Un des assassins [a fait feu] avec son fusil à bout de bras. […] Il a touché Malcolm à bout portant sur le côté gauche de la poitrine […]. Ensuite, une fusillade a éclaté. […] Elle a duré quelques secondes. Je me souviens avoir dit : « Si jamais ils arrêtent de tirer, peut-être survivra-t-il… » Quand ils ont cessé de tirer, Malcolm s’est effondré sur le dos […] et l’arrière de sa tête a violemment heurté le sol.» [14]

Ferguson est peut-être le seul témoin oculaire qui ne se soit pas jeté sur le sol pour échapper aux balles :
Après tant de bruit, de coups de feu, de cris, etc., il y eut un silence soudain. […] Je pouvais voir toutes les chaises renversées et les gens couchés sur le sol. Il y avait trois hommes dans l’allée centrale, devant la porte. L’un d’entre eux avait une sorte d’arme à la main. Ils se tenaient dans une rangée, l’un derrière l’autre. Ils [étaient] immobiles dans la rangée. Ils sont restés figés ainsi un temps [et] l’espace de quelques secondes supplémentaires, puis se sont enfuis en sautant par-dessus les chaises et les gens couchés par terre. [15]

La plupart des membres du service d’ordre ont également cherché à se mettre à couvert dès le premier coup de feu, sans faire le moindre geste pour protéger Malcolm ou arrêter ses meurtriers. Charles X Blackwell et Robert 35X Smith, qui gardaient la tribune, ont quitté leur poste et se sont jetés au sol pour se protéger. John X Davis, officiellement responsable de la sécurité du podium, a reconnu par la suite, devant la police que lui aussi « s’était jeté par terre » dès le début de la fusillade. [16] Il en est de même de Charles 37X Kenyatta qui a plus tard affirmé « n’avoir rien vu ». [17]

Plusieurs témoins oculaires racontent que Bradley aurait ensuite pivoté sur la gauche et tiré une seconde fois par-dessus la tête du public en manquant Ferguson de peu. Il emprunte ensuite le couloir situé à droite de la salle pour se faufiler dans les toilettes des femmes situées à moins de vingt mètres de la scène. Il y abandonne son fusil. Il parvient facilement à s’échapper, peut-être en compagnie d’un complice, par un escalier de secours étroit menant directement dehors. De manière inexplicable, les deux autres tireurs, Hayer et Leon X Davis, se risquent à sauter par-dessus les chaises et les gens, pour tenter de fuir par l’entrée principale sur la 166e Rue Ouest, située à une cinquantaine de mètres. Ajoutant à la confusion, le fumigène artisanal, composé d’un paquet d’allumettes empaqueté dans une chaussette, continue à enfumer la salle de danse.

Les deux tireurs, qui tentent de s’échapper par l’entrée principale, espèrent se fondre dans la foule paniquée, mais avant même qu’ils aient franchi la moitié de la salle, Gene Roberts les intercepte. L’un des assaillants, sans doute Hayer, lui tire dessus à bout portant, mais la balle traverse son manteau sans le toucher. Attrapant une chaise pliante, Roberts la jette dans les jambes de Hayer et le fait trébucher. Alors qu’il tente de se faufiler vers la sortie au travers de la foule compacte, Reuben X Francis qui se tient à environ deux mètres cinquante, lui tire dessus à trois reprises. Touché à la cuisse gauche par une balle, Hayer trébuche, mais se rue dans l’escalier où il est intercepté par les partisans de Malcolm furieux qui le frappent violemment. Dans la confusion, Leon X et les autres conspirateurs réussissent à s’échapper. [18]

De la porte d’entrée, William 64X George a entendu le bruit de la fusillade et s’est précipité dans la rue pour avertir la police qui arrive sur les lieux une minute plus tard. De retour devant l’Audubon, William constate que deux frères de la MMI et de l’OAAU, Alvin Johnson et George 44X, se sont emparés de Hayer qu’ils maintiennent au sol. « La foule a alors commencé à le frapper », racontera plus tard William. [19] Sur les lieux, un agent de police, Thomas Hoy, tente de faire entrer Hayer à l’arrière de sa voiture de patrouille. Arrivés en voiture quelques instants plus tard, le sergent Alvin Aronoff et l’agent de police Louis Angelos aident Hoy à disperser la foule en colère. Aronoff tire en l’air et les policiers réussissent enfin à mettre Hayer en sécurité dans la voiture de patrouille.

C’est un journaliste indépendant, Welton Smith, qui fournit le témoignage le plus détaillé. Dans son article qui paraît dans le New York Herald Tribune, il décrit un homme portant « un manteau noir se tenant au milieu de la salle » qui s’est brusquement levé en « [criant] à quelqu’un qui était à côté de lui : « Sors ta main de ma poche ! » » Les coups de feu ont ensuite éclaté, alors que Smith est lui-même brusquement jeté à terre par la bousculade. La fusillade dure « quinze secondes » et alors qu’il se relève, Smith aperçoit deux hommes à la poursuite de l’homme au manteau noir qui se retourne pour tirer sur ses poursuivants alors qu’il tente de fuir vers l’entrée principale. Ayant repéré la bombe fumigène à l’arrière de la salle, Smith étouffe la mèche et cherche de l’eau pour l’éteindre. Quelques minutes plus tard, il voit environ huit personnes penchées sur Malcolm, alors que les membres du service d’ordre de la MMI essaient d’empêcher les gens de s’attrouper sur la scène. Penché sur Malcolm, Yuri Kochiyama, membre de l’OAAU, crie : « Il est encore vivant ! Son cœur bat encore ! » [20]

Betty n’a heureusement vu que les toutes premières secondes de l’assassinat de son mari. Lorsqu’elle a entendu la première détonation[, elle s’est en effet instinctivement tournée vers la scène. « Il n’y avait personne d’autre sur qui tirer », se souvient-elle. L’arme à la main, les deux autres tueurs se sont ensuite avancés pour faire feu. Betty racontera plus tard qu’elle a vu son mari s’effondrer sous le feu croisé des tireurs. Toutefois, des témoins certifient l’avoir vu réunir ses enfants terrifiés, les jeter au sol pour les protéger de son corps, en se servant d’un banc en bois comme bouclier de fortune. Au milieu des coups de feu, Betty hurle : « Ils sont en train de tuer mon mari ! » Pendant que les assassins prennent la fuite, les enfants commencent à pleurer et crier. « Est-ce qu’ils vont tuer tout le monde ? », demande une des filles. Betty voit les gens accourir sur la scène, accablée par la gravité des blessures de Malcolm. Elle se relève ensuite et, sanglotant et criant, se précipite vers Malcolm. Des amis tentent de la retenir voyant qu’elle est en proie à une crise de nerfs. [21] Après s’être assuré de la sécurité de sa femme Joan, assise au premier rang près des journalistes, Gene Roberts se rue sur la scène. Comprenant immédiatement que Malcolm est mort, il tente malgré tout de le ranimer désespérément en lui faisant du bouche-à-bouche. [22] Profondément traumatisée par le meurtre et par son mari qui a frôlé la mort, Joan Roberts s’écroule en sanglots dans le taxi qui les ramène chez eux. Quarante ans plus tard, Gene Roberts admet que « l’horreur de l’événement l’a habitée pendant des années ».

Alors que la fumée plane encore, incrédules et stupéfaits par ce qui s’est passé, les membres de la MMI et de l’OAAU errent sans but dans la salle de danse. Lorsque le premier coup de feu retentit, Earl Grant, un journaliste membre de l’OAAU, est installé dans la cabine téléphonique située près de l’entrée, occupé à collecter des fonds à la demande de Malcolm. Il a alors tenté de rentrer dans la salle, mais a dû reculer devant la ruée des gens cherchant à fuir. Lorsqu’il parvient finalement à accéder à la scène, la chemise de Malcolm est ouverte, son torse couvert de sang. Grant sort son appareil et prend les photos qui seront les principales images de la mort de Malcolm X. [23]

Lorsque Herman Ferguson réussit enfin à atteindre l’entrée principale de l’Audubon, il aperçoit sur sa droite « une grande agitation dans la rue [où] la foule de gens s’est saisi d’un homme qu’elle secoue dans tous les sens ». Encore sous le choc, Ferguson s’éloigne jusqu’au croisement de Broadway et de la 166e Rue Ouest en ressassant « ce qu[’il venait] de voir – la mort de Malcolm ». Quelques minutes plus tard, il voit des frères de la MMI et l’OAAU se précipiter en poussant un brancard à l’intérieur du bâtiment. Très rapidement, un groupe de policiers et de militants ressort avec le brancard transportant un visage familier :

«J’ai regardé Malcolm. J’ai tout de suite remarqué son teint blafard, grisâtre. […] Sa chemise était ouverte et sa cravate desserrée. On pouvait voir sa poitrine [et] l’impact de quelque sept balles, des trous suffisamment larges pour y mettre le petit doigt. J’ai alors [pensé] qu’il nous avait quittés.» [24]

Désorienté, Ferguson reste planté au croisement pendant quelques minutes, sans pouvoir se décider sur quoi faire. C’est à ce moment-là qu’une voiture de police filant vers le nord sur Broadway tourne brusquement et s’arrête à quelques mètres de lui. La voiture est occupée par deux policiers, dont l’un d’eux, pense-t-il, est une « huile » au regard des « ficelles qu’il porte sur sa casquette ». [25] L’officier entre dans l’Audubon dont il ressort un moment plus tard avec un homme au teint olivâtre qui « à l’évidence souffrait énormément ». Alors qu’on aide l’homme à s’asseoir à l’arrière du véhicule, Ferguson se dirige vers celui-ci : « Il était effondré et se tenait le ventre, et j’ai dû me pencher pour voir son visage. » Pensant qu’on lui a tiré dessus et que le blessé est « un de nos gars », Ferguson demande ce qu’il se passe. La voiture de police repart à toute vitesse, mais au lieu de tourner à droite pour traverser Broadway vers l’hôpital le plus proche, le Columbia Presbyterian, « elle descend vers le fleuve [Hudson], de l’autre côté de la rue, suit cette direction et disparaît hors de ma vue ».

Quand les militants de la MMI et de l’OAAU survoltés et la police arrivent avec Malcolm aux urgences du Columbia Presbyterian, le médecin pratique immédiatement une trachéotomie afin de le ramener à la vie. Malcolm est ensuite transporté au deuxième étage de l’hôpital où d’autres médecins tentent à leur tour de le réanimer. Ils savent que Malcolm était probablement déjà mort au moment de son arrivée aux urgences, mais persistent à tenter de le sauver pendant un quart d’heure avant d’abandonner. À 15 h 30, dans un petit bureau plein à craquer de partisans de Malcolm et d’un nombre croissant de journalistes, un médecin annonce avec détachement : « L’homme connu sous le nom de Malcolm X est mort . » [26]

Les principaux lieutenants de Malcolm, Mitchell, Benjamin 2X et James 67X, n’ont pas été personnellement témoins de la fusillade, tous trois dans les coulisses. « J’ai entendu du bruit, comme des pétards, se souvient Benjamin. J’ai entendu des détonations [et] la sueur est sortie par tous les pores de ma peau. J’ai compris qu’il nous avait quittés. » Benjamin avait essayé de se lever, mais cela lui fut physiquement impossible :

«Je suis resté assis, accablé, en fixant son cadavre à travers la porte ouverte sur la scène. […] Puis, brusquement, le poids que j’avais sur les épaules est parti et je me suis senti soulagé. Malcolm avait fini de souffrir. La mort arrive toujours au moment propice. Quels que puissent être les moyens par lesquels elle arrive, quand elle arrive, elle arrive à son heure.» [27]

Sara Mitchell est frappée par le comportement des disciples de Malcolm regroupés autour de son corps : « « Peut-être qu’il va y arriver », se disaient-ils en s’adressant aussi à Betty. Et tous ensemble, ils l’ont supplié et imploré de revenir à la vie. » Plus tard, elle constatera amèrement qu’« après que les tirs ont cessé, de longues et terribles minutes se sont écoulées sans qu’il y ait le moindre policier sur la scène ». Bien qu’un des principaux centres médicaux de la ville ne soit qu’à quelques blocs, aucune ambulance n’est arrivée à l’Audubon, ce qui explique pourquoi ce sont les propres amis de Malcolm qui ont dû se précipiter aux urgences pour y prendre une civière. Plusieurs femmes « ont conduit une [Betty] hébétée à l’extérieur et ont rassemblé ses quatre petites filles pour les ramener chez elles. Ce n’est qu’à ce moment que la police est arrivée ». Quand la police finit par faire son entrée, les membres de la MMI et de l’OAAU sont furieux. « Elle est arrivée ridiculement tard », raconte Mitchell qui se souvient qu’« une femme en larmes a hurlé en agitant les mains : « Ne vous pressez pas, revenez demain » ! ». [28]

Quand les coups de feu ont claqué, se souvient James 67X, Benjamin […] s’est jeté sur le plancher. Ensuite, je suis sorti. […] Les gens étaient sur la scène, Malcolm gisait à terre et j’ai vu la vie le quitter. [29]

Une photo prise immédiatement après l’assassinat montre James agenouillé près de Malcolm, qui semble retirer quelque chose du corps. Puis, de façon inexplicable, sans donner d’instructions à ses subordonnés ni prendre en main le commandement, il traverse rapidement la foule désorientée, passe devant les policiers qui arrivent et quitte l’immeuble. Des années plus tard, James 67X expliquera que sa première intention a été « de tuer [le capitaine] Joseph » en représailles. [30]

 

Source: https://www.revolutionpermanente.fr/Il-y-a-54-ans-Malcolm-X-etait-assassine-Recit-de-cette-journee

Lettre de prison de Cesare Battisti

Publié le 13 février 2019 par le PCF

 

Bonjour Gérard, Comme c’est bon d’écouter la voix de cette inoubliable France qui fait chaud au cœur (excuse le mauvais français, j’ai un peu oublié depuis !). Je suis heureux de l’initiative des vieux camarades polardeux, il n’y a pas de mot pour vous remercier tous.

Je trouve précieuse cette aide à caractère international, sans compter que ma petite famille est toujours parisienne. Vous pourriez peut-être élargir votre pétition à des auteurs italiens en passant par le camarade Valerio Evangelisti de Bologne ou aussi la faire arriver au Brésil en l’envoyant au mail suivant, à l’attention de Magno de Carvalho : sintusp@sintusp.org.br.

Je dois vous expliquer un peu ce qui s’est passé après que Fux, le ministre de la Cour suprême fédérale, s’est honteusement vendu au fasciste Bolsonaro, autorisant ainsi mon extradition. Étant avisé de cette possibilité par avance, j’ai pris contact avec le gouvernement bolivien avant de passer la frontière vers ce pays. Là j’ai été accueilli par du personnel de la chancellerie et logé dans un local appartenant au gouvernement, en attendant que ma demande de refuge (d’asile ? GS) soit discutée par le CONARE (Comité national des réfugiés).

Quatre semaines ont passé pendant lesquelles, aujourd’hui c’est une évidence, l’Italie et le Brésil faisaient pression sur le gouvernement bolivien en agitant surtout la question économique et ses conséquences sur le pays. Bref, samedi 13 (12 ? GS), j’ai été enlevé manu militari, me privant ainsi d’être jugé régulièrement par un procès d’extradition selon les lois boliviennes (procès que j’aurais gagné puisque en prescription depuis 15 ans). On m’a amené de pure force à l’embarquement.

Et voilà où les bandits du gouvernement d’extrême droite italien exécutent leur sale jeu : il y avait sur la piste un avion brésilien qui aurait dû me transporter jusqu’à Brasilia et, de là, m’embarquer dans un avion italien pour Rome. J’étais en train de monter dans l’avion brésilien lorsqu’un contre-ordre nous a fait faire demi-tour.

Et voici que commence une discussion animée entre les autorités des trois pays en question. Finalement c’est l’Italie qui gagne le tour et on m’embarque dans leur propre avion dans un vol sans escale jusqu’à Rome. Pourquoi ? Simple : les salauds ont évité le Brésil pour ne pas appliquer l’accord d’extradition brésilien qui interdit la perpète et oblige l’Italie à la concession de remise de peine. Résultat : un enlèvement pur et proprement criminel pour m’infliger en toute illégalité une peine cruelle exclue par le traité d’extradition.

Je ne sais pas si j’ai été clair. C’était pour vous donner quelques éléments en plus. Bien sûr les avocats sont en train de faire tomber les effets de cette action mercenaire mais, comme vous le savez, toute aide dans le sens de l’info est de vitale importance.

Je vous embrasse.

Cesare

PS : Avez-vous des nouvelles de Fred Vargas ?

 

Source: http://www.pcf.fr/lettre_de_prison_de_cesare_battisti

Déclaration Georges Abdallah – 2 février 2019

 

Cher«e»s Camarades, Cher«e»s ami«e»s,
Vous savoir tenir ce meeting aujourd’hui même, me remplit de force et me réchauffe le cœur aussi. Certainement c’est grâce à l’effort déployé tout au long de ces années passées et à travers les multiples initiatives que vous avez su développer dans la diversité de l’expression solidaire sur le terrain de la lutte anticapitaliste et anti-impérialiste que l’on arrive aujourd’hui à faire bouger quelque peu les lignes.

D’une manière générale Camarades, c’est toujours en fonction de cette mobilisation solidaire sur le terrain de la lutte en cours que se construit et s’affirme le rapport de force dont on a besoin pour arracher les camarades aux griffes de leurs geôliers.

Bien entendu c’est d’une importance capitale de savoir – et surtout de pouvoir – inscrire la démarche solidaire dans la dynamique globale des luttes en cours aussi bien ici qu’ailleurs dans la région de l’autre bord de la Méditerranée.

Sans se bercer de douces illusions Camarades, quant à ma situation, il y a encore « beaucoup » à faire pour favoriser une issue favorable. Comme vous savez, il ne suffit pas que l’État du Liban « exige » ou plutôt « demande » ma libération, il faut encore que le rapport de force réellement existant puisse faire comprendre aux représentants de l’impérialisme français que mon incarcération commence à peser réellement plus lourd que les possibles menaces inhérentes à ma libération. C’est seulement dans ce cas que l’ordre de mon expulsion vers le Liban ne trouvera plus alors d’opposition.

C’est pourquoi, chers Camarades, la solidarité la plus appropriée que l’on peut apporter à tout protagoniste révolutionnaire incarcéré, c’est de la développer toujours plus sur le terrain de la lutte contre le système d’exploitation et de la domination.

Chers Camarades, la cause palestinienne traverse un moment très difficile. La principale composante de la bourgeoisie arabe, en particulier celle de l’Arabie et celle du Golfe, s’est rangée sans fard dans le camp de l’ennemi sioniste sous la direction de l’impérialisme. Les masses populaires palestiniennes payent au quotidien un lourd tribut de sang et de privation de tout genre. La Résistance globale la plus résolue est plus que jamais incarnée dans ces milliers de Résistants qui font face à leurs geôliers dans des conditions particulièrement difficiles. Il y a lieu de s’attendre à ce que les sionistes fassent tout ce qu’ils peuvent pour détruire cette citadelle de la révolution. Certainement il est de notre devoir de faire le nécessaire pour être aux côtés de nos Camarades, et chacun dans le rôle qui lui revient, faire le nécessaire pour les libérer.

Que mille initiatives solidaires fleurissent en faveur de la Palestine et de sa prometteuse Résistance !

La solidarité, toute la solidarité avec les Résistants dans les geôles sionistes, et dans les cellules d’isolement au Maroc, en Turquie, en Grèce et aux Philippines et ailleurs de par le monde !

La solidarité toute la solidarité  avec les militants révolutionnaires du Yémen !

La solidarité toute la solidarité avec les jeunes prolétaires des quartiers populaires !

La solidarité toute la solidarité avec les prolétaires en lutte !

Honneur aux Martyrs et aux masses populaires en lutte !

À bas l’impérialisme et ses chiens de garde sionistes et autres réactionnaires arabes !

Le capitalisme n’est plus que barbarie, honneur à tous ceux et celles qui s’y opposent dans la diversité de leurs expressions !

Ensemble Camarades, et ce n’est qu’ensemble que nous vaincrons !

À vous tous Camarades et ami«e»s mes plus chaleureuses salutations révolutionnaires.

Votre camarade Georges Abdallah

 

Source: http://liberonsgeorges.samizdat.net/g/declaration-georges-abdallah-2-fevrier-2019/